08 novembre 2013 ~ 0 Commentaire

Le Transperceneige.

Le Transperceneige. dans 3. Projections & Festivals snowpiercer_le-transperceneige-affiche-def

Mardi 19 novembre

Séance obligatoire pour les secondes, dans le cadre de la thématique travaillée en cours sur l’adaptation de bandes dessinées au cinéma.

Séance à 20h45 au cinéma le Club.

Durée: 2h05.

 

 

Dossier sur le film:

Rail et cinéma, c’est une vieille histoire. On raconte que la première projection, en 1895, du film des frères Lumière L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat provoqua la panique : les spectateurs crurent que le train allait les écraser. Comment auraient-ils réagi face aux images du Transperceneige, le train qui, justement, ne peut pas, ne doit pas s’arrêter, et tourne autour de la Terre sans jamais ralentir dans les gares ? Cette idée de grande ligne sans départ ni arrivée, née d’une bande dessinée française des années 1980 (1), le cinéaste coréen Bong Joon-ho en capte toute la poésie anxiogène. C’est le cinéaste sud-coréen Bong Joon Ho, qui s’attaque à l’adaptation de la bande dessinée française Le Transperceneige, c’est le premier long-métrage en anglais du réalisateur.

En 2000, il sort son premier long-métrage Barking Dog. En 2003, il réalise Memories of Murder, un film tiré de l’histoire réelle d’un tueur en série qui n’a jamais été arrêté. Le film est un grand succès et attire plus de 5 000 000 de spectateurs en Corée du Sud.

The Host, son troisième long-métrage, est inspiré par un incident survenu en Corée du Sud à la fin des années 1980. Les Cahiers du cinéma le classent quatrième film le plus important des 2000-2009.

En 2008, il se joint aux réalisateurs Leos Carax et Michel Gondry dans le film Tokyo! en proposant son court-métrage Shaking Tokyo.

Le Transperceneige est un train conçu pour des « croisières d’agrément sur rail ». Un jouet pour les plus riches, en somme. Mais lorsque le climat s’est brusquement déréglé, le train fut littéralement pris d’assaut par la foule. Si les élites militaires et politiques avaient déjà trouvé refuge dans cette arche tout-confort, il fallut rajouter en hâte des wagons de deuxième classe pour accueillir plus de monde. Des wagons de fret furent enfin attachés en queue de convoi pour entasser des réserves. Mais ces derniers wagons furent rapidement envahis par les plus pauvres, avant que le convoi ne s’ébranle pour un voyage sans retour.
Car le Transperceneige n’a pas de destination. Quelle pourrait-elle être la sienne dans ce monde mortellement glacé ?

newsbild-snowpiercer001 dans 8. Projets CAA

Le Transperceneige roule sans trêve, tracté par une motrice révolutionnaire qui n’a besoin d’aucun apport d’énergie. Derrière la loco, un convoi comme un monde en miniature, auto-suffisant et autonome. En cela, il renvoie à certaines observations de Le Corbusier sur la structure même d’un train longue distance.

transit-city dans 9. Adaptations De la BD au Cinéma.

L’Amérique a ses architectes de wagons, plus que cela, de trains.
Pendant que le train roule, le voyageur doit pouvoir marcher, circuler, changer de place, s’asseoir diversement, s’occuper se distraire.


La dernière voiture est aménagée en belvédère ouvert.
Le train devrait être une rue, avec ses squares.
Pourquoi ne pas installer la bibliothèque de gare dans le train, le cinéma, la terrasse de café et le bar, voir le bal musette, le deck de bateau, le fumoir de club ?
Le problème s’énonce : un wagon est une maison de vingt mètres de long, le train est un village.

 rompenieves

 Très belle maquette de l’édition espagnole

Mais si dans la bouche de Le Corbusier, le train-village n’est qu’un modèle théorique et presque utopique, dans le Transperceneige, l’utopie devient dystopie. Les inégalités explosent. Les classes dirigeantes ont établi leur quartier dans les luxueuses voitures de tête. Puis viennent quelques wagons servant à la production de nourriture. Suivent les « seconde classe » séparées des wagons de queue par une zone militarisée. Les conditions de vie dans la queue du convoi étaient tellement insupportables que quelques mois après le départ, la « plèbe » tenta d’échapper à cet enfer en forçant le passage vers la tête du convoi. Ce fut la ruée sauvage, un massacre perpétré par l’armée pour repousser les assaillants.
Depuis, la queue du convoi n’est plus évoquée, si ce n’est par une poignée d’idéalistes qui plaident pour l’intégration des populations du « tiers-convoi » au reste du Transperceneige. L’arrière du convoi a été complètement isolé du reste du convoi. La principale préoccupation des passagers de première et seconde classes consiste à lutter contre l’ennui, quand ils ne se laissent pas séduire par les délires mystiques de  quelques illuminés qui vouent un culte à la Très Sainte Loco.


A travers le Transperceneige, c’est toute l’inégalité de la société que Lob et Rochette critiquent. Le microcosme du Transperceneige concentre les dérives de la civilisation, que ce soit dans les rapports entre castes ou entre les individus. L’argument de départ reste classique: Proloff, un queutard, réussit à s’échapper de l’arrière et remonte le convoi, découvrant l’organisation de ce monde clos. Au lieu d’en faire un indigné, les auteurs ont préféré en faire un individu avant tout soucieux de sauver sa peau. Il semble rester insensible aux injustices dont il est témoin. A quoi bon grossir le trait ? La situation est déjà tellement absurde que la souligner encore plus n’aurait fait qu’alourdir le propos.
transperceneige

Bong Joon Ho découvre la BD du Transperceneige en 2005 dans une librairie de Séoul. Il la lit d’une traite et flashe sur ce train de métal. Ses wagons de tête et de queue, le cloisonnement des classes sociales. Le réalisateur salue le caractère visionnaire des auteurs. Comme si le signe de paix du Yi King qui clôt l’album répondait aux hexagrammes du drapeau coréen. Jean-Marc Rochette, son dessinateur, sourit en évoquant l’histoire de son album, « une BD un peu oubliée devient un blockbuster mondial. Le passé, le futur, nous sommes coincés sur la tranche, le haut de la crête. » Vous connaissez la déchirure anthropique ?

Jean-Marc Rochette, le dessinateur de la trilogie Transperceneige, voulait être guide de haute montagne : « Le Transperceneige me colle à la peau. Je suis quelqu’un qui vient du froid. Je suis de Grenoble, je suis un montagnard. Le dessin pour moi était un peu secondaire par rapport à la grimpe. Le train passe au milieu des montagnes. Quand on regarde par les fenêtres, il n’y a que des montagnes. Et pour Bong Joon Ho, c’est pareil. Le film est fidèle à mon imaginaire. » Initialement publiée en 82 dans la revue (A Suivre), la BD mythique a connu un destin pour le moins chaotique. Sur un scénario de Jacques Lob, elle devait être dessinée par Alexis. Mais ce dernier décède après avoir travaillé sur les seize premières planches. Loisel puis Schuiten (l’auteur de La Douce) sont pressentis pour prendre la relève. Si le fanatique des odyssées ferroviaires ne fait pas l’affaire, le choix de Rochette, alors surtout connu pour sa série Edmond le cochon, a de quoi surprendre. Pourquoi est-il le seul à ne pas avoir dévissé, même lorsque Benjamin Legrand remplace Lob au scénario ? Peut-être à cause de son trait fébrile, que Rochette qualifie lui-même de « brutal, sauvage. Avec un rythme intérieur…Le train je le sens physiquement « . Un train de l’enfer où règnent la violence, la barbarie et le cannibalisme. Surtout chez les pauvres queutards des derniers wagons.

Mais, au fil des albums, les thèmes évoluent. A une dizaine d’années d’intervalle, ils reflètent les angoisses de leur époque : l’apocalypse glaciaire et la hantise de la guerre froide s’effacent devant de nouvelles préoccupations (les médias, les mondes virtuels). Jean-Marc Rochette s’en explique : « Progressivement, la société distille de la peur, du mensonge, sciemment. A plein bouillon. Puig ment dès qu’il prend le pouvoir. Dans le dernier tome, les personnages se perdent complètement. Le train traverse la mer (hommage amphibie auThe Ice Shoonerde Moorcok ?). Il faut qu’il sorte des rails« . Pour mieux rejoindre le paysage  abstrait, l’imagerie mentale nivéenne qui encercle la Sainte Loco. « L’extérieur, son extérieur, est évanescent. Il existe une non-permanence de la matière. En altitude, ce que tu regardes a une consistance douteuse. Il n’y a que la neige, la roche avec sa surface inerte, le ciel et le silence absolu. » Des surfaces brutes, des monochromes sortis tout droit de ses tableaux sur le massif des Ecrins. Admirablement rendus par les images lissées de la 3D snowpiercienne. Dernier film coréen sur pellicule avant le passage au numérique. Tome après tome, le trait de Rochette devient  de plus en plus libre, léger et himalayen (Rochette est aussi l’auteur d’Himalaya Vaudou, en collaboration avec Fred Bernard). Il passe des cases lacérées, saturées et claustrophobiques aux écrans enneigés et aux vitres embuées. Avant que les pages ne soient gagnées par la momification et la vitrification des grands glaciers.

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« Le dessinateur est un infirme »

Au départ, Rochette voulait juste esquisser des croquis du tournage. Venir sur le plateau pour faire un reportage dessiné. ll se rend à Prague, découvre les décors gigantesques avec la cour des miracles des figurants. Mais Bong Joon Ho a d’autres projets pour lui. Rochette devient un personnage du film et prend place dans le train qu’il a lui-même imaginé. Créateur dans le ventre de sa créature de fer. Il joue le rôle d’un peintre rescapé, l’archiviste des derniers wagons, un mémorialiste des culs-de-sac qui témoigne des pires atrocités. Avec pour seuls crayons des morceaux de charbon de bois. Halluciné, hanté par  l’horreur,  assailli de visions cauchemardesques, il se trouve confronté tantôt à la mort, tantôt à la folie des bas-fonds. L’expérience est éprouvante. « Le dessinateur est un infirme« , raconte Rochette, « Bong Joon-Ho a pris quelqu’un qui est à l’opposé de moi. C’est un type qui est paralysé. Moi,  j’aurai plutôt été dans les premières lignes avec une barre à mine. »

On pense en effet au personnage de Proloff qui a ses propres traits, ou au Stalker de Tarkovski. « Le personnage que j’incarne dans le film n’arrive à survivre dans les wagons de queue que parce qu’il peint. Autrement il aurait été dévoré. Ca le protège. C’est un bouclier. » Invention géniale du réalisateur qui mêle les plans sur les mains de Rochette à une scène anthologique d’amputation brachiale. Le dessinateur du Transperceneige avait l’impression de rapporter ses images d’un camp de concentration. Synchrone avec Bong Joon Ho précisant que son film, pour certains Coréens, évoque les trains de la mort de la dernière guerre. Mais les références picturales de Rochette sont aussi les créatures monstrueuses de Goya.

Les illustrations ne servent pas qu’à la déco des dentistes, pour le créateur duTransperceneige, il faut aller plus loin. « Dans le film, la femme conserve le dessin de l’enfant comme un talisman. On est surgavé d’images, de télés, d’écrans. Les survivants ont juste une image sale sur un papier pourri. Et c’est hyper émouvant. Cette trouvaille scénaristique est extraordinaire. La poésie du portrait reste le dernier endroit où s’exprime de la civilisation. Soutine se faisait tabasser à Vilnius. Le dessin est un noyau dur de l’humanité« . Rochette raconte alors qu’il habite en Ardèche près de la grotte Chauvet. « Il y a 35 000 ans, les mecs faisaient la même chose que moi. Je ne suis pas rationaliste. Il faut croire en la magie. Comme pour les féticheurs africains. Les masques finissent par perdre leur force, jusqu’à la dernière grimace. Celle des suiveurs« .

Comme les loisirs virtuels des film-bulles en réalité augmentée, western, péplum, plage tropical raillés par Bong Joon Ho… Peu importe qu’il s’agisse d’un recyclage alimentaire ou d’un écosystème culturel. Heureusement l’histoire peut aussi être réinventée. C’est visiblement ce qu’a fait Bong Joon Ho avec le Transperceneige : « Il faut monter dans le train de l’épouvante comme on s’enfonce dans une grotte, voir jusqu’où le cerveau tient. Après, précise Rochette en bon alpiniste, on tire les rappels, on redescend« . Et on fait de la BD.

MASA critique littéraire pour Fluctua.

 

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